Burlington... Un mot qui n'évoque pas les passions, ne déclenche pas de débats mais ramène au contraire à un village endormi dans l'imaginaire collectif. Et pourtant!
Cette petite ville bien située, autrefois joyaux du Vermont, a tant à offrir! Ce qui j'y ai découvert est fascinant, mais frappe surtout par le parallèle qu'il est possible d'effectuer avec notre patelin trifluvien. La ville est presque aussi âgée avec près de 400 ans d'histoire, elle est similaire en population, possède une université, est construite en périphérie d'un important cours d'eau et axe en bonne partie son développement sur la culture. Pourtant, les résultats sont diamétralement opposés.
Tout d'abord, l'université est magnifique et située de façon hyper centrale. Elle est en quelque sorte le coeur, le poumon de la ville qu'il est impossible de ne pas traverser pour se rendre vers le centre-ville et les divers quartiers résidentiels. Magnifiquement développée, l'allure imposante des facultés situées sur l'imposant campus marqué par le style victorien ne peut laisser personne indifférent tout en respirant le savoir. Ce sont des bâtiments tri-centenaires me direz-vous... Justement, pas tous! Beaucoup de pavillons sont très récents, mais tout est développé selon un plan précis, tout est fait pour aller de pair et même une nouvelle aile de l'École de médecine (présentement en construction) aura pour résultante un bâtiment à l'imposante brique rouge avec toits en pignons et couronné d'une horloge "vintage" à la "Back to the future" sur sa facade. Bref, nous sommes très loins des développements ridicules et catastrophiques de l'UQTR au fil des ans. Les gens de l'UVT semblent avoir une vision, une passion pour l'éducation en leurs murs. Ils ont donc compris que l'éducation n'a aucun sex-appeal dans des murs de bétons blancs sans fenêtres d'une bâtisse cubique blanche construite trop rapidement tout en rasant les derniers arbres présents, mais surtout ils ne pratiquent ni l'isolationnisme, ni l'élitisme.
Le passage par le campus mène tout droit au centre-ville et là, c'est la consécration. Des artères sublimes, entretenues. Une gigantesque rue piétonniaire ponctuée de terrasses, de pubs à caractère irlandais, de magasins réputés et de passants sympathiques. Le tout débouchant sur une église magnifiquement entretenue au caractère historique exceptionnel. Leur respect des piétons et des cyclistes est par ailleurs un code fort courtois. Descendez un tout petit peu et vous vous retrouverez en bordure du célèbre Lac Champlain, promenade cycliste à l'appui. La vue sur les "Green mountains" de l'autre côté de la rive est imprenable, tout comme celle des batiments historiques restaurés qui jonchent la berge. De la gare ré-utilisée aux maisons parfaitement nettoyées, tout le monde mets la main à la pâte pour que la ville soit un exemple de beauté resplendissant.
Je peux sembler faire l'apologie d'une si petite ville comme si je n'étais jamais sorti de chez moi (ce qui est pourtant loin d'être le cas, surtout en sol américain!), mais le point est que lorsque je roulais et marchais avec Laurye à travers cette sympathique petite ville ponctuée de voitures hybrides, j'ai eu une vision. Celle de ce que Trois-Rivières aurait pu être. De ce que la ville que nous habitons aurait pu être si elle avait eu une vision lors des dernières décennies plutôt que de s'empétrer dans le surplace, de ce qu'elle aurait pu être si elle avait eu l'intelligence de développer l'axe des piétons, de ne pas laisser la périphérie de son centre-ville à l'abandon le plus complet, de ce que serait les institutions du savoir si l'université n'était pas si mal développée et marginalisée, de ce que serait l'histoire, la vraie, si quelqu'un un jour n'avait pas eu l'idée embarrassante de raser l'hotel de ville pour en construire une nouvelle de style art-déco, si le port n'avait pas été en bout de ligne une structure de béton à trois étages aux locaux inhabités mais plutôt une intelligente aire de repos/ plein air...
Tout aurait pu être si gagnant, mais la vision n'y était pas...
Je devrai donc, cet été, remplir ma voiture, me rendre à nouveau dans le Vermont puis enfourcher ma bicyclette pour redécouvrir ce Trois-Rivières américain, cette ville qui au fond est comme la mienne, les erreurs du passé en moins. Et continuer à forger ma vision du futur.